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La vitesse ou la vie

2015-11-08MessiBala

中国与非洲(法文版) 2015年8期

La vitesse ou la vie

Les moto-taxis au cameroun par Messi Bala

DANS les grandes villes camerounaises, le

nombre de motos ne cesse d’augmenter, malgré les accidents de la route dont elles sont à l’origine.

À Douala, le centre économique du pays, où la population a décuplé en moins d’un quart de siècle,atteignant actuellement près de 2,5 millions d’habitants,les embouteillages sont devenus un problème structurel. Dans ces circonstances, les motos sont devenues le moyen de transport le plus rapide pour parvenir à destination.

Les moto-taxis, profession utile ou activité incontrôlable ?

L’activité de motos-taxis (appelés localement bendskins),apparue au Cameroun et principalement à Douala au début des années 1990, est devenue partie intégrante du paysage urbain camerounais. Peu coûteux, les bendskins assurent la desserte de zones enclavées inaccessibles aux quatre-roues, ce qui en fait l’un des principaux modes de transport public.

Le nombre de bendskins est actuellement estimé à 22 000 et l’activité génère environ 30 000 emplois directs, notamment de réparateurs et de vendeurs de pièces détachées. Ces emplois s’adressent souvent à une partie de la population urbaine pauvre et déscolarisée. Le travail des bendskins est pénible : à la marge de la réglementation, il offre une faible rémunération et expose aux accidents de la route.

Les bendskins sont en outre fortement décriés pour leur méconnaissance du code de la route et la dangerosité de leur conduite. lls sont fréquemment accusés d’agresser leurs passagers, et leurs véhicules sont jugés trop polluants.

Autre problème d’importance, celui de la sécurité publique. En effet, ce moyen de transport n’est pas sans risque et provoque de nombreux accidents. Ceux-ci sont d’autant plus graves que les chauffeurs conduisent souvent à la « mode camerounaise » : vite, à trois sur une moto, et sans casque. Le nombre d’accidents de la route est également augmenté par le mauvais état des routes, souvent bloquées et mal aménagées.

En 2013 par exemple, à l’hôpital Laquintinie de Douala, les médecins ont déclaré 1 150 accidents de la route impliquant des motos, dont 500 accidents mortels. Devant le nombre important d’accidents, l’hôpital a même réservé un bloc aux victimes des accidents de motos.

Ces nombreux accidents provoquent la colère d’une partie de la population. « La majorité des chauffeurs n’a pas de licence pour conduire une moto. Quelque chose doit être fait », affirme le docteur Modeste Ngono,de l’hôpital de district de Logbaba, une localité du 3earrondissement de Douala.

Une réglementation plus stricte

Face à cette profession,l’attitude des pouvoirs publics a longtemps oscillé entre tolérance et éradication d’une activité « dangereuse », incontrôlable et non conforme à l’image d’une ville « moderne ».

En 2014, un décret du Premier ministre a réglementé la profession afin d’apporter une solution durable au problème.

Les chauffeurs de moto taxis sont désormais soumis à « l’obtention d’une licence spéciale de transport de catégorie S2 et d’une carte de transport public routier,de même que la détention d’un certificat de visite technique en cours de validité ». Les conducteurs sont également assujettis au port du casque au même titre que le passager, sans oublier l’interdiction formelle de transporter plus d’un passager. Enfin, les municipalités se sont vu demander de réserver des espaces aux moto-taxis, afin que ces derniers exercent leur activité sans nuire au développement urbain.

La publication des dispositions gouvernementales ne satisfait pas totalement les professionnels du secteur,à l’instar du Groupement des associations et syndicats des motos-taxis du Cameroun (GRAMOTA), qui se plaint des frais de vignette et de stationnement trop onéreux,et de tracasseries dont les chauffeurs sont souvent victimes de la part des policiers. La loi est en effet strictement appliquée : à Yaoundé, les motos-taxis qui s’aventurent dans le centre-ville et les artères principales sont saisis et envoyés à la fourrière.

La loi garantit cependant une meilleure protection des chauffeurs qui respectent ces nouvelles dispositions. Les conducteurs de deux-roues bénéficient en outre, depuis 2013, d’une formation gratuite les aidant à conduire en toute sécurité. CA